Tous ses besoins physiques sont assouvis, pourtant, il hurle pendant des heures. Est-ce normal ? Comment réagir ?  Face aux pleurs de bébé, beaucoup de parents se sentent démunis.

Pour ne rien arranger à la situation, chacun y va de son pronostic ! La famille, les amis, et parfois même les professionnels prodiguent tous des conseils différents

Dans cet article, on démêle le vrai du faux, et on fait le tour de la question ! Découvrons ensemble comment mieux comprendre et répondre aux pleurs des nourrissons

 

Pleurer : un mécanisme naturel 

 

Depuis la nuit des temps, l’homme tend à réprimer les pleurs. Qui, étant enfant, n’a jamais entendu des phrases comme : « chut, ne pleure pas« , « arrête de pleurer, t’es plus un bébé » et autres variantes ?

Marque de faiblesse pour certains, insupportable signe de tristesse pour d’autres… toutes les raisons sont bonnes pour arrêter de pleurer ! Pourtant, les pleurs sont avant tout un mécanisme naturel.

Ils jouent même un rôle physique et psychique important. Lorsque nous pleurons, nous soulageons un trop-plein émotionnel. Les larmes permettent d’évacuer du cortisol, l’hormone du stress

Chez le bébé, les pleurs sont non seulement normaux, mais également primordiaux. En effet, pour le jeune enfant, pleurer est son unique moyen d’expression

Quand un bébé pleure, il exprime nécessairement un besoin. Bien sûr, il peut s’agir de besoins physiologiques comme la faim, la soif, le sommeil ou la douleur… mais également de besoins psychologiques ou affectifs !

Nous avons tendance à oublier que l’amour, le réconfort ou encore la sécurité SONT des besoins… Plusieurs études témoignent d’ailleurs de cette réalité. Parmi elles, on retrouve celle de René Spitz.

En 1940, ce psychiatre américain réalise une expérience dans un orphelinat : les nouveaux-nés sont séparés en deux groupes. Les bébés du premier groupe ont droit à des soins physiques, mais aussi à des gestes affectifs et des paroles. Les bébés du deuxième groupe reçoivent aussi des soins physiques, mais sont privés de toute marque d’affection. Il a été observé que les bébés qui ne recevaient pas d’amour se laissaient dépérir.

 

L’importance de répondre aux pleurs d’un bébé 

 

Il est probable que vous ayez déjà entendu des remarques comme : « laisse-le pleurer, ça lui fait les poumons« , « si tu le prends dans les bras, il va s’habituer, « c’est un caprice, surtout ne cède pas« … les idées reçues ont la vie dure.

Pourtant, les dernières études en neurosciences ne valident pas ces préjugés. À l’inverse, elles viennent apporter un nouvel éclairage sur le développement de l’enfant. 

 

Les caprices n’existent pas

 

Un enfant n’est pas en âge de faire un caprice avant 5 ans. Autrement dit, quand un bébé pleure, il ne fait jamais semblant de souffrir ! 

Faire un caprice, c’est adopter volontairement une attitude pour obtenir quelque chose. Derrière la notion de caprice, il y a donc la notion de manipulation. Le cerveau du jeune enfant n’est pas en mesure de manipuler

Beaucoup de parents refusent de croire à cette affirmation. Ils observent leur bébé se mettre à pleurer, à crier ou à mordre face à la frustration. Ils s’imaginent alors qu’il s’agit bel et bien d’un caprice.

Ce n’est pas le cas. Un bébé n’est tout simplement pas en capacité de gérer ses émotions. Son cerveau n’est pas encore assez mature pour acquérir cette faculté. Il laisse donc exploser ce qui est trop difficile à appréhender.

Ces attitudes ne sont pas préméditées. Elles ne sont que le résultat d’une situation à laquelle bébé ne peut pas faire face Il faut d’ailleurs noter que le cerveau atteint sa maturation seulement à l’âge de… 21 ans !

Même nous, en tant qu’adultes, nous avons parfois du mal à réguler pleinement nos émotions… Imaginez alors ce que cela représente pour un petit être en pleine construction !

 

Laisser pleurer augmente le taux de stress 

 

Quand un bébé pleure sans obtenir de réponse, son taux de stress augmente. Les pleurs d’un bébé expriment un besoin. Un besoin que seul un adulte peut assouvir. Sa survie dépend donc uniquement des autres individus. Plus il appelle à l’aide sans réponse, et plus cela devient angoissant…

Certains parents affirment avoir laissé pleurer leur bébé quelques soirs. Depuis, ils ont la joie de constater qu’il ne pleure plus, et s’endort seul. Ces parents pensent donc avoir eu raison !

Pourtant, lorsqu’un bébé arrête de pleurer sans que l’on ait répondu à ses pleurs, ce n’est pas qu’il s’est apaisé… c’est tout simplement qu’il s’est résigné. Autrement dit, il a intériorisé que personne n’était là pour lui, et qu’il n’était donc plus nécessaire de demander. Le taux de stress dans son cerveau reste cependant au maximum. L’inhibition est même signe de la dernière phase du stress, qui est la plus intense.

Le docteur Brisch, chef de service de médecine psychosomatique en Allemagne parle de « programme cérébral d’urgence ». Ce dernier serait similaire au réflexe de thanatose qui consiste à simuler la mort pour se protéger

 

Laisser pleurer altère le développement cérébral 

 

Laisser pleurer régulièrement un bébé a des conséquences psychiques. Le cerveau d’un jeune enfant est en plein développement. Il est donc particulièrement malléable.

Un taux de stress élevé de manière répétée influe, entre autres, sur le développement des neurones. Cela peut donc conduire à des troubles d’apprentissage et de mémorisation

Le stress peut également conduire à l’athérosclérose. Lui-même est à l’origine de divers troubles psychosociaux, dont l’agressivité, la délinquance, la dépression ou encore les addictions…

L’une des structures cérébrales les plus vulnérables au stress est également l’hippocampe. Ce cortex du cerveau est celui de la gestion des émotions, et donc de l’empathie

 

Mieux appréhender les pleurs du nourrisson 

 

Vous êtes maintenant convaincu qu’il ne faut pas laisser pleurer bébé. Pour autant, vous ne savez pas comment agir face aux pleurs. Concrètement, que faire ? Chanter, le bercer, le câliner… ? Dites-nous vite quelle est la recette miracle !

Au risque de vous décevoir, il n’y en a pas. Aucune solution magique ne peut faire taire votre bambin en un claquement de doigts. Plus encore, accrochez-vous bien : l’objectif n’est pas de le faire arrêter de pleurer.

Non… l’objectif, c’est de l’accompagner avec bienveillance dans ce moment difficile

 

Le contact physique

 

La première chose que vous pouvez faire quand bébé pleure, c’est d’établir un contact physique. Bien sûr, il peut s’agir de le prendre dans vos bras. Mieux encore, de le mettre en peau à peau contre vous.  

Cependant, si vous ne vous en sentez pas capable, d’autres gestes de tendresse peuvent être des alternatives. Par exemple, des caresses dans le dos ou encore une main posée sur l’abdomen…

Rappelez-vous qu’un nourrisson a passé 9 mois dans le ventre de sa mère. Il n’y connaissait aucune contrainte. Il obtenait ce dont il avait besoin avant même d’en ressentir le manque.

En arrivant sur terre, il découvre soudainement la faim, la soif, la douleur, ce que c’est d’avoir froid, d’avoir chaud, d’avoir une couche pleine, de se sentir seul…  Imaginez la violence que cela représente pour un si petit être. Il est donc entièrement normal qu’un bébé ait profondément besoin de contact physique.

N’ayez jamais peur d’en faire trop. Les câlins sont à volonté ! N’hésitez pas à abuser du portage physiologique. Cela vous permettra de garder bébé tout contre vous, en gardant les mains libres.

De même, ne pas être contenu est terrifiant pour un bébé. Son minuscule corps se noie dans l’immensité d’un lieu inconnu. Pour celui qui ne vivait qu’au creux des reins de sa mère, dans la plus grande des sérénités, c’est angoissant.

 

Le contact visuel

 

Quand bébé pleure, le contact visuel est capital. Tout le monde sait que le regard joue un rôle majeur dans la communication. Un bébé est sensible au contact visuel dès ses premiers jours de vie.

Regarder votre bébé dans les yeux pendant qu’il pleure permet de maintenir le lien. Vous lui faites savoir qu’il n’est pas seul. Que vous êtes là pour lui. Que vous l’entendez, et que vous lui répondez.

Avez-vous déjà ressenti cette vague d’amour d’une immensité indescriptible en regardant votre enfant dans les yeux ? Si oui, c’est normal. Énormément de messages passent par le regard. Bébé synchronise ses émotions aux vôtres.

 

Mettre des mots sur les émotions

 

Dès le plus jeune âge, mettre des mots sur les émotions de bébé est bénéfique : « tu te sens très en colère, c’est un moment difficile pour toi« , « tu es inquiet, et c’est normal, c’est tout nouveau pour toi« …

Quand bébé pleure, il sait qu’il se sent mal, mais il ne sait pas pourquoi il se sent mal. Il vit une véritable explosion émotionnelle. C’est une sorte de tempête intérieure. Il est donc important de lui expliquer ce qui est en train de se produire en lui. Le meilleur moyen d’apaiser une émotion est de l’accueillir

Bien sûr, un nourrisson ne comprend pas le sens des mots, mais il en perçoit l’intention et la direction, au travers de multiples signaux non verbaux. Il est également très sensible au son de votre voix.

 

Exprimer des causes potentielles

 

De même, quand bébé pleure, c’est pour une raison, même si elle n’est pas toujours des plus évidentes. Parfois, c’est assez simple : « tu te sens fatigué« , « tu es tombé, et tu as eu peur« … Il est toujours bon de les exprimer.

D’autres fois, et notamment chez les nourrissons de moins de 3 mois, il s’agit de pleurs de décharge. Ces derniers ont souvent lieu le soir. Ce sont des pleurs qui permettent simplement de relâcher la pression de la journée.

Un bébé est une véritable éponge. Il apprend en permanence. Tout ce qui est autour de lui (bruits, mouvements, lumières…) est une stimulation. Cela lui demande énormément d’énergie. Il a donc besoin d’évacuer par les pleurs ce trop-plein accumulé tout au long de la journée. 

Dans ces moments-là, vous pouvez nommer les choses : « c’est vrai que ça a été une longue journée pour un bébé de ton âge, c’est compliqué de gérer toutes ces stimulations, ça demande beaucoup d’énergie« …

 

Donner le droit de pleurer

 

L’un des premiers réflexes en tant qu’adultes quand un bébé pleure, c’est d’essayer de le calmer. Par les gestes comme par les mots, nous tentons par tous les moyens de faire cesser les hurlements. Pourtant, en agissant de la sorte, nous poussons l’enfant à réprimer ses émotions. Nous lui enseignons que pleurer est quelque chose de négatif.

Nous ne le laissons donc pas décharger pleinement sa charge émotionnelle. Nous l’empêchons d’accéder à un processus pleinement naturel et bénéfique. Cela est néfaste dans l’instant présent… mais aussi à long terme puisque bébé intériorisera rapidement cette interdiction. 

Imaginez un verre d’eau qui se remplit au fur et à mesure. Le verre représente le cerveau de l’enfant, et l’eau les émotions en lien avec ce qu’il appréhende du monde extérieur. Si vous ne l’autorisez pas à vider régulièrement son verre, il finira par déborder

Autrement dit, en réprimant les pleurs, vous ne faites que les retarder et les aggraver. Pour son bien-être,  il est préférable de décharger ses émotions en plusieurs petites fois, que de laisser exploser une accumulation.

Le meilleur moyen d’aider son bébé qui pleure, c’est donc tout simplement de l’autoriser à pleurer ! Dites-lui qu’il a le droit de pleurer, qu’il a le droit d’exprimer ses émotions, qu’il a le droit de décharger son trop-plein émotionnel.  

 

Assurer l’amour et la sécurité

 

Quand bébé pleure, votre présence est nécessaire. S’il est néfaste pour bébé de ne pas pleurer, il l’est tout autant de pleurer seul. Un bébé a besoin d’être accompagné dans ses pleurs !

Votre rôle n’est pas d’interférer dans ses pleurs, mais de les recevoir avec amour. Vous devez représenter le cadre bienveillant et sécurisant dans lequel il peut lâcher son trop-plein émotionnel.

Encore une fois, n’hésitez pas à verbaliser : « tu as le droit de pleurer, et je suis là pour t’accompagner dans ce moment difficile.« , « tu peux exprimer tes émotions, et je vais t’aider à les accueillir« … 

 

 Savoir passer le relais en cas d’épuisement

Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi vous ne supportiez pas les pleurs de bébé ? En tout cas, la réponse à cette question existe. Une récente étude canadienne s’est penchée sur ce sujet.

Elle a démontré que les pleurs d’un bébé impactent véritablement sur le cerveau de ses parents. Autrement dit, le cri d’un bébé influe directement sur les fonctions cognitives de ses parents. Ainsi, le parent est amené à concentrer son attention sur le besoin de l’enfant, et assurer sa survie !

De même, la parentalité est un domaine extrêmement sensible. En tant que parent, nous sommes brutalement renvoyés à nos propres peurs, à nos propres restrictions, à nos propres blessures…

Devenir parent vient réveiller les ombres de l’enfance… nous sommes ramenés de plein fouet à notre relation avec nos propres parents… et ce parfois même au travers de processus inconscients. 

En parallèle, s’ajoutent la fatigue et la pression psychologique. Il est donc totalement normal de se sentir démuni en certaines circonstances. Ne culpabilisez pas de craquer de temps en temps ! 

Quand vous êtes dépassé, apprenez à passer le relais avant d’atteindre un stade de non-retour. Conjoint, famille, amis, et parfois même professionnels… plusieurs personnes peuvent vous aider. 

De temps en temps, une simple pause suffit pour se régénérer. Laissez bébé en sécurité avec un tiers, prendre l’air quelques minutes, et revenir dans de meilleures conditions psychiques… c’est parfois indispensable !

 

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